Enthéogène - Autres plantes méconnues

 Agara (Galbulimima belgravaena)

   Arbre de haute taille des forêts de Malaisie et d'Australie.

   En Papouasie, les indigènes obtiennent un breuvage en faisant bouillir les feuilles et l'écorce de cet arbre avec des feuilles d'ereriba.

   Le breuvage est très intoxicant et provoque un sommeil profond au cours duquel les indigènes ont des visions et des rêves fantastiques.

 

 

Kwashi (Pancratium thriantum)

   Plante psychotrope d'après les Bochimans de Dobe, Botswana.

   Il paraît que les indigènes frottent le bulbe de cette plante vivace sur des incisions pratiquées dans le cuir chevelu et que cela provoque des hallucinations visuelles.

 

 

Vesses-de-loup

(Lycoperdon mixtecorum et L. marginatum)

    Les Indiens mixtèques d'Oaxaca, au Mexique, consomment les vesses-de-loup pour avoir des hallucinations auditives.

   Après en avoir mangé, ils entendent des voix et de l'écho. Il ne semble pas exister de cérémonies associées à la consommation des vesses-de-loup qui ne font pas fonction d'agent divinatoire comme c'est le cas pour d'autres champignons, à Oaxaca.

    Le L. mixtecorum est le plus puissant des deux. On l'appelle gi-i-wa, ce qui signifie champignon de première qualité. Le L. marginatum, qui dégage une forte odeur d'excrément, porte le nom de gi-i-sa-wa, c'est-à-dire champignon de seconde qualité.

 

 

Belle angélique (Acarus calamus)

   Également appelée calomel sucré, cette plante croît dans les marais du nord et du sud des régions tempérées.

   Il se pourrait que les indigènes du nord du Canada, qui utilisaient la plante comme médicament et comme stimulant, en aient mâché aussi les racines pour leurs propriétés hallucinogènes.

   En doses excessives, on sait que cette plante provoque des hallucinations visuelles très intenses.

 

 

Jurema (Mimosa hostilis)

   Arbuste encore très mal connu dont on se sert pour faire le « breuvage miraculeux de jurema » appelé dans l'est du Brésil ajuca ou vinho de jerema.   

   Certaines tribus de Pemambuco, les Kariris, les Pankarurus, les Tushas et les Fulnios, consomment ce breuvage au cours de cérémonies.

   Habituellement associé à la guerre, cet hallucinogène était utilisé par des tribus aujourd'hui disparues afin de « passer la nuit naviguant dans les profondeurs du sommeil » avant de partir en guerre. Ce breuvage leur procurait « des visions glorieuses du monde spirituel ou leur permettait de jeter un coup d'œil sur les roches qui détruisent les âmes des morts se rendant à leur destination, ou de voir le Dieu-tonnerre lancer des éclairs à partir de sa chevelure gigantesque et produire des bruits de tonnerre ».

   Il semble toutefois que l'utilisation du M. hostilis à des fins hallucinogènes ait presque entièrement disparu.

 

 

Genista (Cytisus canariensis)

   Plante hallucinogène que les sorciers yaquis du nord du Mexique utilisent dans leurs pratiques magiques.

   Originaire des Iles Canaries, cette plante a été transportée au Mexique. Il arrive rarement qu'une plante non indigène soit associée aux coutumes religieuses et magiques d'un peuple. Connue également sous le nom scientifique de Genista canariensis, cette espèce est le « genêt » des fleuristes.

 

 

Colorines (plusieurs espèces d'Erythrina)

   Ces plantes peuvent être utilisées comme hallucinogènes dans certaines régions du Mexique.

   Leurs fèves rouges et brillantes ressemblent aux fèves de mescal avec lesquelles on a fait un narcotique longtemps utilisé par les indigènes du Nord du Mexique et du sud-est des Etats-Unis. Ces deux sortes de fèves sont parfois vendues ensemble au marché et peuvent toutes deux porter le nom de colorin.

   

 

Piule (plusieurs espèces de Rhynchosia)

   Plante dont les splendides fèves rouges et noires pouvaient avoir eu une certaine valeur narcotique chez les anciens Mexicains.

   On retrouve des fèves qui leur ressemblent beaucoup à côté de champignons tombant de la main du dieu aztèque de la pluie dans une fresque de Tepantitla, qui remonte à l'an 300 ou 400 de notre ère, ce qui nous permet de supposer qu'elles ont déjà joué un rôle hallucinogène.

   Les indigènes du sud du Mexique les appellent, de nos jours, piule, un des noms que l'on donne également aux graines hallucinogènes du volubilis.

 

Shanshi (Coriaria thymifolia)

   Arbuste des Andes très répandu, reconnu depuis longtemps comme toxique pour les animaux. On a récemment découvert que cette plante était l'un des hallucinogenes utilises par des paysans de l'Equateur, qui l'appellent shanshi. Ils en mangent les fruits pour éprouver diverses sensations, dont celIe de voler.

 

 

Sinicuichi (Heimzia salicifolia)

   Plante très peu connue mais fascinante qui procure des hallucinations auditives. On la trouve dans la région centrale du Mexique.

   Les feuilles, légèrement flétries, sont écrasées puis trempées dans l'eau. On expose ensuite au soleil et le jus que l'on en tire afin de Ie faire fermenter. On obtient ainsi un breuvage légèrement intoxicant qui provoque le vertige, une perception obscurcie de l'environnement, le rétrécissement du monde, un état de somnolence ou d'euphorie. On peut devenir sourd ou avoir des hallucinations auditives, entendre des voix ou des sons déformes qui semblent venir de loin.

   Les participants prétendent que les effets secondaires sont rares, mais une consommation excessive de ce breuvage peut être dangereuse. Sinicuichi est le nom que l’on donne également à d'autres plantes importantes utilisées autant pour leurs propriétés médicinales qu'hallucinatoires dans diverses régions du Mexique.

 

Zacatechichi (Calea zacatechichi)

   Arbuste commun que l'on retrouve du Mexique jusqu'au Costa Rica.

   C'est un hallucinogène qui serait employé uniquement, semble-t-il, par les Chontals d'Oaxaca. Ils l'utilisent pour « se purifier les sens » et pour pouvoir communiquer verbalement avec le monde des esprits.

   Depuis les temps les plus reculés, Ie gout extrêmement amer de la plante (le mot zacatechichi veut dire herbe amère en langue aztèque) en fait un médicament apprécie pour le traitement des fièvres, des nausées et autres troubles. Apres avoir bu une infusion de feuilles séchées et broyées, la personne s'étend dans un endroit tranquille et fume une cigarette faite avec les mêmes feuilles séchées. Elle sait qu'elle en a pris suffisamment lorsqu'elle se sent écrasée et qu'elle entend battre son propre pouls.

 

 

Dhatura (Datura metel)

   Les propriétés narcotiques de cette plante à fleurs pourpres sont connues et appréciées en Inde depuis la préhistoire.

   La plante a également une longue histoire dans d'autres pays. Certains auteurs croient qu'elle serait responsable de la fumée narcotique qui entourait l'oracle de Delphes. Dans de vieux écrits chinois, il est question d'un hallucinogène que l'on a identifié à cette espèce. Il ne fait aucun doute que la plante dont traite le médecin arabe Avicenne au 11em siècle, sous le nom de jouzmathel, est bien le dhatura. Son utilisation en tant qu'aphrodisiaque dans les Indes orientales a été rapportée en 1578. En Chine, cette plante était sacrée. Les Chinois croyaient que lorsque Bouddha prêchait, le ciel jetait des gouttes de rosée sur la plante.

   En Asie, le Datura metel est souvent mêlé au cannabis et fumé encore aujourd'hui.

 

 

Yopo / Parica

(Anadenanthera peregrina ou pzptadenia peregrina)

   Avec les graines de cet arbre, on prépare une poudre à priser qui est un hallucinogène très puissant et qu'on retrouve aujourd'hui surtout dans le bassin de l'Orénoque.

   Les Indiens Taïnos l'appelaient alors cohoba.

   La préparation de la poudre de yopo varie quelque peu d'une tribu à l'autre. Les fèves produites en grande quantité par le yopo sont contenues dans des cosses plates et très serrées. Gris-noir lorsqu'elles sont arrivées à maturité, ces cosses s'ouvrent et font voir entre trois et dix graines ou fèves plates chacune. On les récolte aux mois de janvier et février, et c'est habituellement l'occasion d'une cérémonie particulière. Les fèves sont d'abord légèrement humidifiées et broyées de manière à former une pâte que l'on grille ensuite au-dessus d'un feu doux jusqu'à ce qu'elle soit sèche et bien torréfiée. Parfois, on laisse d'abord les fèves fermenter. Une fois rôtie, la pâte est ferme et peut être conservée pour un usage ultérieur. Certains indigènes rôtissent les fèves puis les écrasent sans en faire une pâte, les moulant habituellement sur une plaque de bois dur, très décorée et fabriquée spécifiquement à cette fin.

   En 1801, Alexander Von Humboldt, le célèbre naturaliste allemand, a décrit en détailla préparation du yopo chez les Maipures de l'Orénoque. « Pour fabriquer leur poudre, ils placent les graines rôties de yopo dans un plat en bois peu profond qui est maintenu sur leur genou par une large courroie maintenue fermement avec la main gauche. Ensuite ils broient les graines à l'aide d'un petit pilon en bois dur de pao d'arco qu'ils tiennent entre les doigts et le pouce de la main droite ». La poudre gris-vert ainsi obtenue est presque toujours mélangée avec une quantité égale d'une substance alcaline quelconque. Ce peut être la chaux des coquilles d'escargots ou les cendres d'un végétal. Apparemment, les cendres proviennent d'une grande variété de plantes, fruits brûlés, écorce de différents arbres, vignes et même des racines de roseaux. L'addition de chaux ou de cendres aux préparations narcotiques ou stimulantes est une coutume très répandue. Les Guahibos peuvent à l'occasion prendre la poudre telle quelle.

   La poudre de yopo est inhalée à l'aide d'os creux d'oiseaux ou de tubes de bambou. Les effets se font sentir presque immédiatement: contractions des muscles, légères convulsions, manque de coordination musculaire, puis nausées, hallucinations visuelles et sommeil troublé. Il arrive souvent que l'on perçoive les objets grossis. Dans un vieux document, les Indiens disent que leurs maisons semblent « être renversées et que les hommes marchent les pieds en l'air ».

 

 

Menthe du Turkestan (Lagochilus inebrians)

   Petit arbuste des steppes arides du Turkestan dont, pendant des siècles, les Tadjiks, les Tartares, les Turcomans et les Ouzbeks en ont tiré un produit narcotique.

   Les feuilles que l'on cueille en octobre sont torréfiées, parfois avec les tiges, les fruits et les fleurs. Le séchage et l'entreposage accroissent leurs propriétés aromatiques. On ajoute parfois du miel et du sucre afin de réduire son amertume.

   Considérée comme un médicament populaire et incluse dans la huitième édition de la pharmacopée russe, cette menthe est employée pour traiter les maladies de la peau et les hémorragies et comme sédatif dans les cas de troubles nerveux.


Commentaires