Enthéogène - Champignon Psilocybes

   


 Les champignons psilocybe, communément appelés « champignons magiques » ou simplement « champis », sont des enthéogènes très commun, utilisés historiquement dans de nombreuses cultures. Le psilocybe est un genre de champignon psychoactif qui comprend plus de 100 espèces identifiées, que l’on peut trouver dans de nombreux différents endroits dans le monde. Les espèces les plus populaires sont le Psilocybe cubensis et le Psilocybe mexicana. Les principaux composés psychoactifs développés par ces champignons sont la psilocybine et la psilocine.

   De nombreuses variétés ont été utilisées comme hallucinogènes par les Aztèques qui les appelaient téonanacatl, ce qui signifie «chair des dieux» dans le langage Nahuatl. Ces champignons, qui sont tous de la famille des Agaricacées, occupent encore aujourd'hui une place importante dans les rites magico-religieux des Mexicains. Ils appartiennent à quatre genres: les genres Conocybe et Panaeolus qui sont répandus presque partout dans le monde, le genre Psilocybe que l'on trouve en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et en Asie, et le genre Stropharia, connu en Amérique du Nord, dans les Antilles et en Europe.

   Le culte des champignons semble s'enraciner dans la tradition séculaire des autochtones. Il y a des fresques mexicaines qui remontent à trois cents ans av. JC et sur lesquelles on peut voir des dessins rappelant les champignons. Mais on a trouvé plus étonnant encore, des statuettes, appelées pierres-champignons, découvertes en grand nombre lors de fouilles archéologiques dans les sites mayas au Guatemala, et qui remonteraient à 1000 ans av. JC. Elles se composent d'un stipe sur lequel sont représentées des figures humaines ou animales, et surmonté d'un chapeau qui a la forme d'un parapluie. Pendant de longues années, elles ont intrigué les archéologues. On croit aujourd'hui qu'il s'agit d'icônes associées à des rituels religieux fondés sur l'usage sacré des champignons et qui auraient été pratiqués il y a 3000 ans environ.

   Certains auteurs pensent que ces champignons ont peut-être été les premiers hallucinogènes que l'on ait découverts. L'expérience d'une réalité autre provoquée par ces mystérieuses formes de vie végétale peut facilement conduire à une interprétation spirituelle de l'existence. L'utilisation des champignons sacrés dans les temps les plus reculés nous est connue grâce surtout aux longues descriptions des prêtres espagnols. Un chroniqueur écrit, vers le milieu des années mille cinq cent, après la conquête du Mexique, que ces champignons «dangereux et enivrants comme le vin» entraînent chez ceux qui les consomment «des visions, une faiblesse morale et un penchant à la luxure, quand les autochtones commencent à subir les effets des champignons, ils dansent, chantent, pleurent. Certains ne veulent pas manger et restent assis... ayant une vision de leur mort, d'autres se voient mangés par une bête sauvage, d'autres encore s'imaginent qu'ils sont prisonniers de guerre ou qu'ils sont riches et possèdent de nombreux esclaves, qu'ils ont commis l'adultère et qu'ils se feront couper la tête à cause de leur crime ... »

   L'opposition des Espagnols au culte païen des Aztèques et à leur adoration du champignon sacré a été très dure. Devenu secret à cause des Espagnols, on a perdu la trace de leur culte au Mexique pendant au moins quatre siècles. Avant 1930, les botanistes n’avaient pas réussi à établir l’identité des spécimens de champignons utilisés au cours de cérémonies divinatoires au Mexique. Plus tard, on a découvert que sept ou huit tribus du sud du Mexique n'utilisaient pas moins de vingt espèces de champignons.

   Le mode étrange de croissance des champignons ajoute à leur caractère mystérieux et impressionnant pour les Mazatèques qui les appellent nti-si-tho, ce qui signifie « objet honorable qui surgit de la terre ». La croyance voudrait que le champignon sorte de la terre par miracle et qu'il soit envoyé par le ciel avec la foudre. Comme le raconte un poète indigène: «Le petit champignon vient de lui-même, personne ne sait d'où il vient ni quand, comme le vent, sans que l'on sache comment ni pourquoi.

   Le genre de champignons utilisé par les différents chamans dépend en partie des goûts personnels et en partie du motif. Le caractère saisonnier et local de la croissance des champignons a aussi son importance. Les Stropharia cubensis et Psilocybe mexicana sont probablement les champignons les plus souvent employés, mais il existe une demi-douzaine d'autres espèces de Psilocybe, de Conocybe et de Paneolus qui sont aussi importantes.

   Les effets des champignons sont, entre autres, la relaxation ou la mollesse musculaire, l'agrandissement de la pupille, l'hilarité et la difficulté de se concentrer. Les champignons provoquent des hallucinations visuelles et auditives. Les premières sont étonnamment vivantes, très colorées et en mouvement constant. Elles sont suivies de lassitude, de dépression mentale et physique, de perception modifiée du temps et de l'espace. L'usager semble être isolé du monde qui l'entoure; sans perdre conscience, il devient totalement indifférent à son environnement et sa rêverie devient pour lui la réalité. Cette caractéristique particulière de l'intoxication est intéressante pour les psychiatres. Un chercheur qui avait consommé des champignons lors d’une cérémonie indienne mexicaine écrivit ceci: «Le corps repose dans l'obscurité, lourd comme du plomb, mais l'esprit semble prendre son envol... et, avec la rapidité de la pensée, voyage où bon lui semble, accompagné par le chant du chaman. Ce que l'on voit et ce que l'on entend semblent ne faire qu'une seule chose! La musique prend une forme harmonieuse et les harmonies adoptent une apparence visuelle. Ce que l'on voit prend la forme de la musique, la musique des sphères. Tous les sens sont affectés de la même manière; la cigarette dégage une odeur unique, le verre d'eau a infiniment meilleur goût que le champagne. Celui qui a mangé des champignons flotte dans l'espace, œil sans corps, invisible, incorporel, voyant sans être vu. Les cinq sens sont désincarnés. L’esprit est libre, il perd la notion du temps, il est alerte comme il ne l'a jamais été, vivant l'éternité dans une nuit, voyant l'infini dans un grain de sable. On peut avoir des visions de presque tout. Sauf des scènes de la vie quotidienne.»

   Comme dans le cas des autres hallucinogènes, les effets des champignons peuvent varier selon l'humeur de l’usager et l'environnement. Un scientifique décrit ainsi son expérience après avoir mangé trente-deux spécimens séchés de Psilocybe mexicana « Quand le médecin qui surveillait l’expérience s'est penché vers moi il s'est transformé en prêtre aztèque et je n'aurais pas été étonné de le voir prendre un couteau en obsidienne cela m'amusait de voir comment ce visage allemand avait acquis une expression tout à fait indigène. Au paroxysme de l‘intoxication, je fus assailli par des images intérieures, surtout des motifs abstraits qui changeaient si rapidement de formes et de couleurs que j'ai craint d'être entraîné dans ce tourbillon et d'y disparaître. Après six heures, environ, le rêve pris fin, j'ai senti que je revenais à la réalité quotidienne et qu'il s'agissait là du retour heureux de celui qui a été dans un monde étrange et fantastique, mais un monde intimement connu et familier. »

   La cérémonie mazatèque, qui dure toute une nuit, est habituellement animée par une femme chamane, la curandera et elle consiste en de longs chants complexes, curieusement répétitifs, des rythmes de percussion et des prières. Souvent, elle s'accompagne d'un rituel de guérison au cours duquel l’officiant, grâce aux pouvoirs que lui confèrent les champignons sacrés, communique avec les forces spirituelles et intercède auprès d'elles. Il est absolument impossible de nier le caractère vivant et vibrant des rites qui entourent les champignons dans la vie indigène moderne du sud du Mexique. L’attraction qu'exercent les champignons sacrés n'a rien perdu de sa force à la suite du contact avec le christianisme et les idées modernes. La vénération dont la cérémonie des champignons fait l'objet est aussi profond que celle qu’entourent les cérémonies de n'importe quelle grande religion universelle.

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