Sagesse - Le Tao te King de Lao Tseu
Lao Tseu, originaire de la Chine ancienne, a rédigé le Tao-te-King 500 ans avant J.C. C’est un livre de sagesse unique et intemporel qui parle de la voie menant à une vie équilibrée et spirituelle.
De tao
« la voie », te « la vertu », et ching
« livre », Le livre de la voie et de la vertu.
Le Tao-te-King permet d’élargir nos horizons, en
particulier grâce à l’ironie ou le paradoxe, nous faisant voir la vie sous un
autre angle.
Ce texte
fondateur déroulant les préceptes clés de la philosophie taoïste est un recueil
de maximes, d’aphorismes et de dictons, divisé en quatre-vingt-un versets.
Pour le
futur chaman, c’est un recueil de sagesse essentielle très intéressante à
étudier, même si il n’a pas pour vocation de devenir taoïste, le Tao pourra lui
insuffler la paix et le guider vers la voie du chamane.
Voici un extrait d’un livre de Deng Ming
Dao, Le Tao au jour le jour :
Si vous consacrez une longue période
de temps à étudier et à travailler sur vous-même, vous entrerez dans le Tao. Ce
faisant vous entrerez également dans le monde des perceptions extraordinaires.
Vous ferez l’expérience de choses inimaginables, recevrez des pensées et des
connaissances qui semblent venues de nulle part, et percevrez des choses qui
correspondent à ce qu’on appelle la prescience. Toutefois, si vous essayer de
communiquer vos expériences personne ne vous comprendra, personne ne vous
croira.
Plus vous avancerez sur ce chemin,
plus vous vous éloignerez des chemins ordinaires de la société. Vous verrez
peut être la vérité, mais vous découvrirez aussi que les gens préfèrent écouter
les politiciens, les artistes de variétés et les charlatans.
Si on apprend que vous suivez le
tao, on ira peut être vous voir, mais ces gens sont rarement ceux qui
comprennent vraiment le Tao. Pour eux, le Tao est avant tout une béquille. Leur
parler des merveilles que vous avez vues est souvent un exercice futile.
C’est pourquoi on dit que ceux qui
savent taisent.
Pourquoi ne simplement pas rester
tranquille ?
Jouissez du Tao à volonté. Ignorez
ceux qui pensent que vous êtes un idiot. A l’intérieur de vous, vous connaitrez
la joie des mystères du Tao. Et si vous rencontrez quelqu’un qui pourrait tirer
profit de votre expérience, partagez-la avec lui. Mais si vous n’êtes qu’un
passant parmi une foule d’étrangers, il est sage de se taire.
Voici ce
qu’on peut retenir de l’enseignement du sage Lao Tseu :
Rien
n’est permanent
Lao Tseu fait comprendre à travers son livre que
rien n’est permanent dans cet univers mais que ce n’est pas une raison de perdre
espoir ni d’être triste.
Au contraire, c’est l’occasion de partir à la
recherche d’une force plus profonde et de l’exploiter. Aussi, selon lui, il
faut être conscient des changements et ne pas se figer sur une attitude pour
définir sa nature.
Agir
avec honnêteté et bonté
Lao Tseu confie que peu importe la façon dont les
autres te traitent, fais toujours preuve de bonté et d’honnêteté. Sois gentil,
même avec les gens qui ne le sont pas et sois bons, même avec ceux qui sont
loin de l’être. Ainsi tu atteindras la bonté optimale.
Évite de mentir, même à ceux qui te mentent.
Chaque interaction que tu fais comme chaque endroit où tu vas te donne la
chance de faire valoir l’autre. Il ne faut donner aucune occasion au mal de
t’atteindre pour qu’il puisse disparaître de lui-même.
Prendre
les bonnes décisions
Lao Tseu guide ses lecteurs à prendre la bonne
décision à travers ses enseignements en s’appuyant sur le cœur de l’être et la
patience.
Voici quelques points de repère.
-
Trouver des
réponses au cœur de l’être
-
Avoir de la vertu
et de la patience
-
Commencer un
chapitre au bon moment
-
Se libérer
des approbations
-
Laisser les
choses surgir naturellement
-
Savoir
changer de direction
-
Vénérer la
vie
Aider
les autres
Le développement de l’humanité, sous toutes ses
facettes, ne peut être compris si nous ne comprenons pas, dans un premier
temps, les relations que nous avons tissées avec les autres : la famille, les
amis, les collègues et les voisins…
Le monde a besoin l’un de l’autre. Aider, c’est
être conscient que seul, on n’est pas apte à tout faire. Aider reste aussi un
important exercice spirituel. Il implante les autres dans notre vie et nous
restons à leur écoute.
Les
81versets du Tao
1 – Le Tao
La voie qui
peut être exprimée
n’est pas le
Tao éternel.
Le nom qui ne
peut être nommé
n’est pas le
Nom éternel.
L’indicible
est l’éternellement réel.
Nommer est
l’origine
de toutes
choses particulières.
Libre du
désir, tu comprends le mystère.
Pris dans le
désir, tu ne vois que les manifestations.
Pourtant
mystère et manifestations
jaillissent
de la même source.
Cette source
s’appelle ténèbres : la profondeur.
Ténèbres dans les ténèbres.
La porte vers toute compréhension.
2 – La dualité
Lorsque les
gens voient certaines choses comme belles,
d’autres deviennent laides.
Lorsque les gens voient certaines choses comme bonnes,
d’autres deviennent mauvaises.
Etre et non
être se créent l’un l’autre.
Difficile et facile s’entretiennent l’un l’autre.
Long et court se définissent l’un l’autre.
Haut et bas dépendent l’un de l’autre.
Ainsi le
Maître
agit sans rien faire
et enseigne sans rien dire.
Les choses apparaissent et il les laisse venir ;
les choses disparaissent et il les laisse partir.
Il a, mais ne possède pas,
agit, mais n’attend rien.
Son oeuvre accomplie, il ne s’y attache pas.
C’est pourquoi elle dure toujours.
3 – Le non agir
Si l’on
surestime les grands hommes,
les gens deviennent dépendants.
Si l’on surévalue les biens matériels,
les gens commencent à voler.
Le Maître
dirige
en vidant l’esprit des gens
et en empêchant que leur coeur se trouble
en affaiblissant leur ambition
et en renforçant leur courage.
Il aide chacun à perdre tout
ce qu’il sait, tout ce qu’il désire,
et crée la confusion
chez ceux qui pensent savoir.
Pratique le
non-agir,
et chaque chose prendra sa place.
4 – Vivre dans l’infini
Le Tao est
tel un puits :
sans cesse utilisé mais jamais tari.
Il est comme le vide éternel :
empli d’infinies possibilités.
Il est caché
mais toujours présent.
Je ne sais qui lui a donné naissance.
Il précède le maître du Ciel.
5 – Vivre dans l’impartialité
Le Tao ne
prend pas parti ;
il donne naissance au mal comme au bien.
Le Maître ne prend pas parti ;
il accueille les pêcheurs comme les saints.
Le Tao est
comme un soufflet :
il est vide mais infiniment capable.
Plus tu l’utilises, plus il est fécond ;
plus tu en parles, moins tu le comprends.
Reste ancré
au centre.
6 – Vivre dans la créativité
Le Tao est
appelé “la Grande Mère” :
vide mais inépuisable,
il donne naissance à des mondes infinis.
Il est
toujours présent en toi.
Tu peux l’utiliser comme bon te semble.
7 – Vivre par delà l’égo
Le Tao est
infini, éternel,
Pourquoi est-il éternel ?
Il n’est jamais né ;
ainsi ne peut-il jamais mourir.
Pourquoi est-il infini ?
Il n’a pas de désirs pour lui-même ;
ainsi est-il présent pour tous les êtres.
Le Maître
reste en retrait ;
c’est pourquoi il est en avance.
Il est détaché de toutes choses ;
c’est pourquoi il est un avec elles.
Parce qu’il s’est libéré de lui-même,
il est parfaitement accompli.
8 – Vivre au gré du courant
Le bien
suprême est comme l’eau,
qui nourrit toutes les choses sans en avoir l’intention.
Elle se contente des places inférieures
que les autres dédaignent.
Ainsi elle est comme le Tao.
En ta demeure,
vis près du sol.
En pensées, reste simple.
En conflit, sois juste et généreux.
En gouvernant, n’essaie pas de contrôler.
En travaillant, fais ce que tu aimes.
En famille, soi pleinement présent.
Lorsque tu te
satisfais d’être simplement toi-même
et ne te compares ni ne te mets en compétition,
tout le monde te respecte.
9 – Vivre humblement
Emplis ton
bol à ras bord
et il débordera.
Aiguise ton couteau sans relâche
et il s’émoussera.
Cours après l’argent et la sécurité
et ton coeur ne s’apaisera jamais.
Soucie-toi de l’approbation des gens
et tu seras leur prisonnier.
Fais ton
travail, puis retire-toi,
La seule voie vers la sérénité.
10 – Vivre dans l’unité
Peux-tu
détourner ton esprit de ses errances
et rester dans l’unicité originelle ?
Peux-tu laisser ton corps devenir souple
comme celui d’un nouveau-né ?
Peux-tu purifier ta vision intime
jusqu’à ne rien voir d’autre que la lumière ?
Peux-tu aimer les gens et les diriger
sans leur imposer ta volonté ?
Peux-tu gérer les affaires les plus vitales
en laissant les événements suivre leur cours ?
Peux-tu te distancier de ton propre esprit
et ainsi comprendre toutes choses ?
Donner
naissance et nourrir,
avoir sans posséder,
agir sans rien attendre,
diriger sans tenter de contrôler :
ceci est la suprême vertu.
11 – Vivre à partir du vide
Nous joignons
des rayons pour en faire une roue
mais c’est le vide du moyeu qui permet au chariot d’avancer.
Nous modelons
de l’argile pour en faire un vase,
mais c’est le vide au-dedans qui retient ce que nous y versons.
Nous clouons
du bois pour en faire une maison,
mais c’est l’espace intérieur qui la rend habitable.
Nous
travaillons avec l’être,
mais c’est du non-être dont nous avons l’usage.
12 – Vivre avec ses convictions interieures
Les couleurs
aveuglent l’oeil.
Les sons alourdissent l’oreille.
Les saveurs engourdissent le palais.
Les pensées affaiblissent l’esprit.
Les désirs fanent le coeur.
Le Maître
observe le monde
mais fait confiance à sa vision intérieure.
Il laisse les choses aller et venir.
Son coeur est ouvert comme le ciel.
13 – Vivre avec un esprit indépendant
Le succès est
aussi dangereux que l’échec.
L’espoir est aussi vain que la peur.
Que signifie : “Le succès est aussi dangereux que l’échec” ?
Que tu montes ou descendes l’échelle,
ta position est instable.
Lorsque tu as les deux pieds sur le sol,
tu gardes toujours ton équilibre.
Que signifie
: “L’espoir est aussi vain que la peur” ?
Espoir et peur sont des fantômes
qui naissent de la préoccupation de soi.
Quand nous ne voyons pas le soi comme soi,
qu’avons-nous à craindre ?
Vois le monde
comme toi-même.
Fais confiance à la vie telle qu’elle est.
Aime le monde comme toi-même ;
Alors tu pourras prendre soin de toutes choses.
14 – Vivre au-delà du monde des formes
Regarde, et
tu ne peux le voir.
Ecoute, et tu ne peux l’entendre.
Tends la main, et tu ne peux le saisir.
En haut, il
n’est pas lumineux.
En bas, il n’est pas sombre.
Complet, indicible,
il retourne au royaume du rien.
Forme qui comprend toutes formes,
image sans aucune image,
subtil, au-delà de toute conception.
Approche-le
et il n’est pas de début ;
suis-le et il n’est pas de fin.
Tu ne peux le connaître mais tu peux l’être,
sans effort dans ta propre vie.
Comprends simplement d’où tu viens :
ceci est l’essence de la sagesse.
15 – Vivre sans se presser
Les anciens
Maîtres étaient profonds et subtils.
Leur sagesse était insondable.
Il est impossible de la décrire ;
tout ce que l’on peut décrire, c’est leur apparence.
Ils étaient
prudents
comme quelqu’un traversant un ruisseau gelé.
Alertes comme un guerrier en territoire ennemi.
Courtois comme un invité.
Fluide comme la glace fondante.
Modelables comme une pièce de bois brut.
Accueillants comme une vallée.
Clairs comme un verre d’eau.
As-tu la
patience d’attendre
jusqu’à ce que ta boue se dépose et que l’eau soit claire ?
Peux-tu rester immobile
jusqu’à ce que l’action juste survienne d’elle-même ?
Le Maître ne
cherche pas l’accomplissement.
Ne cherchant rien, n’attendant rien,
il est présent et peut accueillir toutes choses.
16 – Vivre avec constance
Vide ton
esprit de toute pensée.
Laisse ton coeur être en paix.
Observe l’agitation des êtres,
mais contemple leur retour.
Chaque être
distinct dans l’univers
revient à la source commune.
Revenir à la source, c’est la sérénité.
Si tu ne
prends pas conscience de la source,
tu t’enfonces dans la confusion et la tristesse.
Quand tu comprends d’où tu viens,
tu deviens naturellement tolérant,
désintéressé, amusé,
bienveillant comme une grand-mère,
digne comme un roi.
Immergé dans la merveille du Tao,
tu peux faire face à tout ce que la vie t’apporte,
et quand vient la mort, tu es prêt.
17 – Vivre comme un dirigeant éclairé
Quand le
Maître gouverne, les gens ont à peine conscience qu’il existe.
A défaut, le mieux est un dirigeant qu’on aime.
Puis encore, un qu’on craint.
Le pire est un dirigeant qu’on méprise.
Si tu ne
donnes pas de responsabilités aux gens,
tu les rends irresponsables.
Le Maître ne
parle pas, il agit.
Quand son oeuvre est achevée,
les gens disent : “Regarde !
C’est nous qui l’avons fait, tous seuls !”
18 – Vivre sans régles
Quand le
grand Tao est oublié,
la bonté et la piété apparaissent.
Quand l’intelligence du corps décline,
l’ingéniosité et la connaissance se montrent.
Quand il n’y a aucune paix dans la famille,
la piété filiale commence.
Quand le pays sombre dans le chaos,
naît le patriotisme.
19 – Vivre sans attaches
Laisse tomber
la sagesse et la sainteté,
et les gens seront cent fois plus heureux.
Laisse tomber la moralité et la justice,
et les gens feront ce qui est juste.
Laisse tomber l’industrie et le profit,
et il n’y aura pas de voleurs.
Si ces trois
actions sont insuffisantes,
reste simplement au centre du cercle
et laisse toutes choses suivre leur cours.
20 – Vivre sans acharnement
Arrête de
penser, et finis-en avec tes problèmes.
Quelle différence y a-t-il entre oui et non ?
Quelle différence y a-t-il entre succès et échec ?
Dois-tu estimer ce qu’estiment les autres,
éviter ce que les autres évitent ?
Ridicule !
Les autres
sont excités
comme s’ils étaient à la parade.
Moi seul suis indifférent,
moi seul suis sans expression
comme un nouveau-né avant qu’il ne sache sourire.
Les autres
ont ce qu’ils veulent.
Moi seul ne possède rien.
Moi seul vais à la dérive,
comme quelqu’un sans foyer.
Je suis tel l’idiot, mon esprit est si vide.
Les autres
sont lumineux ;
moi seul suis sombre.
Les autres sont vifs ;
moi seul suis insipide.
Les autres ont une raison d’être ;
moi seul ne sais pas.
Je dérive comme une vague sur l’océan,
je voyage sans but, comme souffle le vent.
Je suis
différent des autres.
Je bois au sein de la Grande Mère.
21 – Vivre le paradoxe insaisissable
Le Maître
conserve son esprit
à jamais un avec le Tao ;
c’est ce qui lui confère son éclat.
Le Tao est
insaisissable.
Comment son esprit peut-il être un avec lui ?
Parce que le Maître ne s’attache pas aux idées.
Le Tao est
sombre et insondable.
Comment peut-il le faire rayonner ?
Parce que le Maître le laisse faire.
Depuis bien
avant que le temps et l’espace ne fussent,
le Tao est.
Il est au-delà du est et du n’est pas.
Comment sais-je que cela est vrai ?
Je regarde en moi et je vois.
22 – Vivre avec flexibilité
Si tu veux
être entier,
Laisse-toi être partiel.
Si tu veux être droit,
laisse-toi être tordu.
Si tu veux être plein,
laisse-toi être vide.
Si tu veux renaître,
laisse-toi mourir.
Si tu veux que tout te soit offert,
renonce à tout ce que tu as.
Le Maître, en
demeurant dans le Tao,
crée un exemple pour tous les êtres.
Parce qu’il ne s’expose pas,
les gens peuvent voir sa lumière.
Parce qu’il n’a rien à prouver,
les gens peuvent se fier à sa parole.
Parce qu’il ne sait pas qui il est,
les gens se reconnaissent en lui.
Parce qu’il n’a aucun but,
tout ce qu’il fait réussit.
Quand les
anciens Maîtres disaient :
“Si tu veux que tout te soit offert,
renonce à tout ce que tu as”,
Ce n’étaient pas de vains mots.
Seul en étant vécu par le Tao
peux-tu être vraiment toi-même.
23 – Vivre naturellement
Exprime-toi
complètement,
puis reste silencieux.
Sois comme les forces de la nature :
quand ça souffle, il n’y a que le vent ;
quand il peut, il n’y a que la pluie ;
quand les nuages passent, le soleil brille.
Si tu
t’ouvres au Tao,
tu es un avec le Tao
et tu peux l’incarner pleinement.
Si tu t’ouvres à la vision intime
tu es un avec la vision intime,
et tu peux l’utiliser pleinement.
Si tu t’ouvres à la perte
tu es un avec la perte
et tu peux l’accepter pleinement.
Ouvre-toi au
Tao,
puis fais confiance à tes réponses naturelles ;
et tout prendra sa place.
24 – Vivre sans excés
Celui qui se
dresse sur la pointe des pieds
n’est pas stable.
Celui qui se précipite en avant
ne va pas loin.
Celui qui essaie de briller
ternit sa propre lumière.
Celui qui se définit
ne peut savoir qui il est réellement.
Celui qui exerce son pouvoir sur les autres
se prive de son véritable pouvoir.
Celui qui s’attache à son oeuvre
ne crée rien de durable.
Si tu veux
être en accord avec le Tao,
fais simplement ton travail, puis lâche prise.
25 – Vivre dans la grandeur
Il y avait
quelque chose de sans forme et de parfait
avant que l’univers ne fût né.
Serein. Vide.
Solitaire. Immuable.
Infini. Éternellement présent.
C’est la mère de l’univers.
A défaut d’un meilleur nom,
je l’appelle le Tao.
Il s’écoule à
travers toutes choses,
au-dedans, au-dehors, et revient
à l’origine de toutes choses.
Le Tao est
grand.
L’univers est grand.
La terre est grande.
L’homme est grand.
Ce sont les quatre grandes puissances.
L’homme se
règle sur la terre.
La terre se règle sur l’univers.
L’univers se règle sur le Tao.
Le Tao ne se règle que sur lui-même.
26 – Vivre dans le calme
Le lourd est
la racine du léger.
L’immobile est la source de tout mouvement.
Ainsi le
Maître voyage tout le jour
sans quitter sa demeure.
Aussi splendides que soient les vues,
il reste sereinement en lui-même.
Pourquoi le
seigneur du pays
devrait-il aller et venir comme un fou ?
Si tu te laisses ballotter de ci, de là,
tu perds le contact avec la source.
Si tu laisses l’agitation te gouverner,
tu perds le contact avec qui tu es.
27 – Vivre en suivant votre lumière interieure
Un bon
voyageur n’a pas de plan fixe
et n’est pas tendu vers l’arrivée.
Un bon artiste laisse son intuition
le mener là où elle le souhaite.
Un bon scientifique s’est libéré des concepts
et garde l’esprit ouvert à ce qui est.
Ainsi le Maître
est disponible pour tous
et ne rejette personne.
Il est prêt à tirer parti de toutes les situations
et ne gâche rien.
Cela s’appelle incarner la lumière.
Qu’est-ce
qu’un homme bon
sinon un exemple pour l’homme mauvais ?
Qu’est-ce qu’un homme mauvais
sinon une opportunité pour l’homme bon ?
Si tu ne comprends pas cela, tu te perdras,
aussi intelligent sois-tu.
C’est le grand secret.
28 – Vivre une vie vertueuse
Connais le
viril,
mais tiens-t’en au féminin :
accueille le monde à bras ouverts.
Si tu accueilles le monde,
jamais le Tao ne te laissera
et tu seras comme un petit enfant.
Connais le
blanc,
mais tiens-t’en au noir :
sois un modèle pour tout le monde.
Si tu es un modèle pour tout le monde,
le Tao sera fort en toi,
et rien ne te sera impossible.
Connais le
personnel,
mais tiens-t’en à l’impersonnel :
accepte le monde tel qu’il est.
Si tu acceptes le monde,
le Tao sera lumineux en toi
et tu retourneras à ton être originel.
Le monde est
issu du vide,
comme les ustensiles sont issus d’un bloc de bois.
Le Maître connaît les ustensiles,
mais s’en tient au bloc :
ainsi peut-il utiliser toute chose.
29 – Vivre selon la loi naturelle
Souhaites-tu
rendre le monde meilleur ?
Je ne pense pas que cela puisse se faire.
Le monde est
parfait.
On ne peut le rendre meilleur.
Si tu travailles à le changer, tu le détruis.
Si tu veux le saisir comme un objet, tu le perds.
Il y a un
temps pour être devant,
un temps pour être derrière ;
un temps pour être en mouvement,
un temps pour être au repos ;
un temps pour être vigoureux,
un temps pour être épuisé ;
un temps pour être en sécurité ;
un temps pour être en danger.
Le Maître
voit les choses comme elles sont,
sans tenter de les contrôler.
Il les laisse suivre leur cours,
et demeure au centre du cercle.
30 – Vivre sans avoir recours à la force
Qui fait
confiance au Tao pour gouverner les hommes
n’essaie pas de forcer les choses
ou de défaire ses ennemis par la force des armes.
A toute force, il y a une force opposée.
La violence, même bien intentionnée,
frappe toujours en retour.
Le Maître
fait son travail,
puis s’arrête.
Il comprend que l’univers
est à jamais hors de contrôle,
et qu’essayer de dominer les événements
va contre le courant du Tao.
Parce qu’il croit en lui-même,
il n’essaie pas de convaincre les autres.
Parce qu’il se satisfait de lui-même,
il n’a pas besoin de l’approbation des autres.
Parce qu’il s’accepte lui-même,
le monde entier l’accepte.
31 – Vivre sans armes
Les armes
sont les instruments de la violence ;
tous les hommes honnêtes les détestent.
Les armes
sont les instruments de la peur ;
un homme honnête les évitera
sauf en cas d’extrême nécessité,
et, s’il y est forcé, ne les utilisera
qu’avec la plus grande retenue.
La paix est sa plus haute valeur.
Si la paix est brisée,
comment peut-il être satisfait ?
Ses ennemis ne sont pas des démons,
mais des êtres humains comme lui.
Il ne leur souhaite pas de mal personnellement
ni ne se réjouit dans la victoire.
Comment pourrait-il se réjouir dans la victoire
et trouver plaisir dans le massacre des hommes ?
Il entre dans
la bataille gravement,
avec tristesse et grande compassion,
comme s’il se rendait à des funérailles.
32 – Vivre dans la bonté parfaite du Tao
Le Tao ne
peut être perçu.
Plus petit qu’un électron,
il contient d’innombrables galaxies.
Si les
puissants et les puissantes
pouvaient rester centrés dans le Tao,
toutes choses seraient en harmonie.
Le monde deviendrait un paradis.
Les gens seraient en paix
et la loi serait inscrite dans les cœurs.
Quant aux
noms et aux formes,
sache qu’ils sont provisoires.
Quant aux institutions,
sache reconnaître où leur rôle doit finir.
Sachant quand t’arrêter,
tu peux éviter n’importe quel danger.
Toutes choses
finissent dans le Tao
comme les rivières se jettent dans la mer.
33 – Vivre en ayant la maitrise de soi
Connaître les
autres est intelligence ;
se connaître soi-même est la vraie sagesse.
Maîtriser les autres est force ;
se maîtriser soi-même est le vrai pouvoir.
Si tu
comprends que tu as suffisamment,
tu es vraiment riche.
Si tu restes au centre
et acceptes la mort de tout ton coeur,
tu vivras toujours.
34 – Vivre selon la grande voie
Le grand Tao
coule partout.
Toutes choses naissent de lui,
mais il ne les crée pas.
Il s’investit totalement dans son oeuvre,
mais ne la revendique pas.
Il nourrit des mondes infinis,
mais ne s’y attache pas.
Puisqu’il est fondu en toutes choses
et caché en leur coeur,
on peut le dire humble.
Puisque toutes choses se dissolvent en lui
et que lui seul perdure,
on peut le dire grand.
Il n’est pas conscient de sa grandeur ;
ainsi est-il vraiment grand.
35 – Vivre au-delà des plaisirs terrestres
Celui qui est
centré dans le Tao
peut aller où il le désire, sans danger.
Il perçoit l’harmonie universelle,
même au milieu d’une grande douleur,
car il a trouvé la paix dans son coeur.
Une musique
ou le fumet d’un bon plat
peut amener les gens à s’arrêter et à y prendre plaisir.
Mais les mots qui mènent au Tao
semblent monotones et sans saveur.
Quand tu le cherches, il n’y a rien à voir.
Quand tu l’écoutes, il n’y a rien à entendre.
Quand tu l’utilises, il est inépuisable.
36 – Vivre dans l’obscurité
Si tu veux
réduire une chose,
permets-lui d’abord de grandir.
Si tu veux te débarrasser de quelque chose,
permets-lui d’abord de s’épanouir.
Si tu veux prendre quelque chose,
permets-lui d’abord d’être donné.
Cela s’appelle la perception subtile
de la réalité telle qu’elle est.
Le doux
triomphe du dur.
Le lent triomphe du rapide.
Que tes méthodes demeurent un mystère.
N’en montre aux autres que les résultats.
37 – Vivre avec simplicité
Le Tao ne
fait jamais rien ;
pourtant à travers lui toutes choses se font.
Si les
puissants et les puissantes
pouvaient se centrer en lui,
le monde entier se transformerait
de lui-même, dans ses rythmes naturels.
Les gens seraient heureux
de leur vie quotidienne,
en harmonie et libres de tout désir.
Quand il n’y
a pas de désir,
toutes choses sont en paix.
38 – Vivre selon sa propre nature
Le Maître ne
court pas après le pouvoir ;
ainsi est-il vraiment puissant.
L’homme ordinaire est tendu vers le pouvoir ;
ainsi n’en va-t-il jamais assez.
Le Maître ne
fait rien,
mais ne laisse rien d’inachevé.
L’homme ordinaire sans cesse fait des choses,
mais il en reste toujours plus à faire.
L’homme
bienveillant fait quelque chose,
mais quelque chose demeure inachevé.
L’homme juste fait quelque chose,
et laisse de nombreuses choses à faire.
L’homme moral fait quelque chose,
et quand personne ne réagit,
il retrousse ses manches et utilise la violence.
Quand le Tao
se perd, il y a la vertu.
Quand la vertu se perd, il y a la morale.
Quand la morale se perd, il y a le rite.
Le rite est l’enveloppe de la vraie foi,
le début du chaos.
Ainsi le
Maître s’occupe
de la profondeur et non de la surface,
du fruit et non de la fleur.
Il n’a pas de volonté propre,
et laisse toutes les illusions passer.
39 – Vivre dans l’intégrité
En harmonie
avec le Tao,
le ciel est clair et vaste,
la terre est ferme et fertile,
les êtres prospèrent ensemble,
satisfaits de ce qu’ils sont,
se multipliant sans cesse,
sans cesse renouvelés.
Quand l’homme
interfère avec le Tao,
le ciel devient sale,
la terre s’épuise,
les espèces s’éteignent,
l’équilibre
se désagrège.
La Maître
voit chaque partie avec compassion,
parce qu’il comprend le tout.
Il pratique constamment l’humilité.
Il ne brille pas comme un joyau
mais se laisse modeler par le Tao,
aussi rugueux et commun qu’une pierre.
40 – Vivre en retournant et en cédant
Le retour est
le mouvement du Tao.
Céder est la voie du Tao.
Toutes choses
naissent de l’être.
L’être naît du non-être.
41 – Vivre au-delà des apparences
Quand un
homme supérieur entend parler du Tao,
il commence tout de suite à l’incarner.
Quand un homme ordinaire entend parler du Tao,
il y croit à moitié et en doute à moitié.
Quand un homme sot entend parler du Tao,
il en rit à gorge déployée.
S’il n’en riait pas,
ce ne serait pas le Tao.
Ainsi est-il
dit :
le chemin vers la lumière paraît sombre,
le chemin qui avance semble reculer,
le chemin direct semble long,
le vrai pouvoir semble faible,
la vraie pureté semble ternie,
la vraie constance semble changeante,
la vraie clarté semble obscure,
le plus grand art semble naïf,
le plus grand amour semble indifférent,
la plus grande sagesse semble puérile.
Le Tao ne se
trouve nulle part,
pourtant il nourrit et complète toutes choses.
42 – Vivre en se fondant dans l’harmonie
Le Tao donne
naissance à l’Un.
L’Un donne naissance au Deux.
Le Deux donne naissance au Trois.
Le Trois donne naissance à toutes choses.
Toutes choses
sont adossées au féminin
et font face au masculin.
Quand masculin et féminin se rejoignent,
toutes choses s’harmonisent.
Les hommes
ordinaires détestent la solitude.
Mais le Maître s’en sert,
l’embrassant, comprenant
qu’il est un avec l’univers.
43 – Vivre avec douceur
La chose la
plus douce au monde
triomphe de la chose la plus dure au monde.
Ce qui n’a pas de substance
pénètre là où il n’est pas d’espace.
Cela montre la valeur de la non-action.
Enseigner
sans parole,
accomplir sans action :
telle est la voie du Maître.
44 – Vivre en sachant quand s’arreter
Gloire ou
intégrité : quel est le plus important ?
Argent ou bonheur : lequel a le plus de valeur ?
Succès ou échec : lequel est le plus destructeur ?
Si tu attends
des autres ton épanouissement,
tu ne seras jamais véritablement comblé.
Si ton bonheur dépend de l’argent,
tu ne seras jamais heureux avec toi-même.
Sois content
de ce que tu as ;
réjouis-toi de la réalité telle qu’elle est.
Quand tu comprends que rien ne manque,
le monde entier t’appartient.
45 – Vivre par delà la superficialité
La vraie
perfection semble imparfaite,
mais elle est parfaitement elle-même.
La vraie plénitude semble vide,
mais elle est pleinement présente.
La vraie
droiture semble tortueuse.
La vraie sagesse semble folle.
La vraie profondeur semble ingénue.
Le Maître
permet aux choses d’arriver.
Il façonne les événements comme ils viennent.
Il fait deux pas en arrière
et laisse le Tao parler pour lui-même.
46 – Vivre dans la sérénité
Quand un pays
est en harmonie avec le Tao,
les chevaux sont utilisés pour cultiver les champs.
Quand un pays va à l’encontre du Tao,
les chevaux sont utilisés pour le combat.
Il n’y a pas
de plus grande illusion que la peur,
pas de plus grande erreur que de se préparer à se défendre,
pas de plus grande infortune que de croire avoir un ennemi.
Qui peut voir
au-delà de toute peur
est toujours en sécurité.
47 – Vivre en étant
Sans ouvrir
ta porte,
tu peux ouvrir ton coeur au monde.
Sans regarder par ta fenêtre,
tu peux voir l’essence du Tao.
Plus tu sais,
moins tu comprends.
Le Maître arrive
sans partir,
voit la lumière sans regarder,
accomplit sans rien faire.
48 – Vivre en réduisant
Dans la
recherche du savoir,
chaque jour quelque chose est ajouté.
Dans la pratique du Tao,
chaque jour quelque chose est abandonné.
De moins en moins as-tu besoin de forcer les choses,
jusqu’à ce que finalement tu parviennes à la non-action.
Quand rien n’est fait,
rien n’est achevé.
La vraie
maîtrise peut être gagnée
en laissant les choses suivre leur cours.
Elle ne peut être gagnée en interférant.
49 – Vivre sans juger
Le Maître n’a
pas d’esprit en propre.
Il travaille avec l’esprit des gens.
Il est bon
avec ceux qui sont bons.
Il est également bon avec ceux qui ne sont pas bons.
Ceci est la vraie bonté.
Il fait
confiance à ceux qui sont dignes de confiance.
Il fait également confiance
à ceux qui ne sont pas dignes de confiance.
Ceci est la vraie confiance.
L’esprit du
Maître est comme l’espace.
Les gens ne le comprennent pas.
Ils se tournent vers lui et attendent.
Le Maître les traite comme ses propres enfants.
50 – Vivre comme un immortel
Le Maître se donne
à tout ce que l’instant apporte.
Il sait qu’il va mourir,
et rien ne lui reste à quoi s’agripper :
pas d’illusions dans l’esprit,
pas de résistances dans le corps.
Il ne réfléchit pas à ses actions ;
elles jaillissent de la profondeur de son être.
Il ne refuse rien de la vie ;
ainsi est-il prêt pour la mort,
comme un homme est prêt à dormir
après une bonne journée de travail.
51 – Vivre selon la vertue cachée
Chaque être
dans l’univers
est une expression du Tao.
Il jaillit dans l’existence
inconscient, parfait, libre,
assume un corps physique,
laisse les circonstances le compléter.
C’est pourquoi chaque être,
spontanément, honore le Tao.
Le Tao donne
naissance à tous les êtres,
les nourrit, les soutient,
prend soin d’eux, les réconforte, les protège,
les ramène à lui-même,
créant sans posséder,
agissant sans rien attendre,
guidant sans contrôler.
C’est pourquoi l’amour du Tao
est dans la nature même des choses.
52 – Vivre en retournant auprés de la mère
Au début
était le Tao.
Toutes choses en jaillissent,
toutes choses y retournent.
Pour trouver
l’origine,
remonte à la source des manifestations.
Lorsque tu reconnais les enfants
et trouves la mère,
tu deviens libre de toute douleur.
Si tu fermes
ton esprit par des jugements
et te livres à tes désirs,
ton coeur sera troublé.
Si tu apprends à ne pas juger
et n’es pas mené par tes sens,
ton coeur trouvera la paix.
Voir au sein
des ténèbres est clarté.
Savoir comment céder est la vraie force.
Utilise ta propre lumière
et retourne à la source de la lumière.
Cela s’appelle pratiquer l’éternité.
53 – Vivre honorablement
La grande
Voie est simple,
mais les gens préfèrent les chemins détournés.
Sois conscient lorsque les choses sont déséquilibrées.
Reste centré dans le Tao.
Quand de
riches spéculateurs prospèrent
alors que les paysans perdent leurs terres ;
quand le gouvernement dépense l’argent
en armes plutôt qu’en remèdes ;
quand la classe supérieure est extravagante et irresponsable
alors que les pauvres n’ont nulle part où se tourner,
tout cela est vol et chaos.
Ce n’est pas être en accord avec le Tao.
54 – Vivre comme si votre vie faisait une
difference
Qui est campé
dans le Tao
ne peut être déraciné.
Qui étreint le Tao
ne peut être anéanti.
Son nom sera honoré
de génération en génération.
Laisse le Tao
s’exprimer dans ta vie
et tu seras authentique.
Laisse-le s’exprimer dans ta famille
et ta famille s’épanouira.
Laisse-le s’exprimer dans ton pays
et ton pays sera un exemple
pour tous les pays du monde.
Laisse-le s’exprimer dans l’univers
et l’univers chantera.
Comment
sais-je que cela est vrai ?
Je regarde en moi-même.
55 – Vivre en lachant prise
Qui est en
harmonie avec le Tao
est comme un nouveau-né.
Ses os sont souples, ses muscles sont faibles,
mais sa poigne est puissante.
Il ne sait rien de l’union
de l’homme et de la femme,
mais son pénis peut être en érection,
si intense est son énergie vitale.
Il peut crier à tue-tête toute la journée,
mais sa voix n’en devient jamais rauque,
si complète est son harmonie.
Le pouvoir du
Maître est ainsi.
Il laisse toutes choses aller et venir
sans effort, sans désir.
Il n’attend jamais de résultats ;
ainsi n’est-il jamais déçu.
Parce qu’il n’est jamais déçu,
son esprit ne vieillit jamais.
56 – Vivre selon la connaissance silencieuse
Ceux qui
savent ne parlent pas.
Ceux qui parlent ne savent pas.
Garde la
bouche close,
bloque tes sens,
émousse ton tranchant,
délie tes nœuds,
adoucis ton regard,
laisse ta poussière se déposer.
Ceci est l’identité originelle.
Sois comme le
Tao.
On ne peut l’approcher ou s’en éloigner,
l’avantager ou lui nuire,
l’honorer ou le faire tomber en disgrâce.
Il s’abandonne continuellement.
C’est pourquoi il perdure.
57 – Vivre sans autoritarisme
Si tu veux
être un grand dirigeant,
apprends à suivre le Tao.
N’essaie pas de contrôler.
Laisse tomber les plans et les concepts,
et le monde se gouvernera lui-même.
Plus tu
imposes d’interdictions,
moins les gens seront vertueux.
Plus tu as d’armes,
moins les gens seront en sécurité.
Plus tu mets en place d’assistance,
moins les gens seront autonomes.
C’est
pourquoi le Maître dit :
je laisse tomber la loi,
et les gens deviennent honnêtes.
Je laisse tomber l’économie,
et les gens deviennent prospères.
Je laisse tomber la religion,
et les gens deviennent sereins.
Je laisse tomber tout désir pour le bien commun,
et le bien devient aussi commun que l’herbe.
58 – Vivre sereinement face à la bonne eou mauvaise
fortune
Si l’on
gouverne un pays avec tolérance,
les gens sont tranquilles et honnêtes.
Si l’on gouverne un pays par la répression,
les gens sont déprimés et retors.
Quand la
volonté de pouvoir domine,
plus grands sont les idéaux, plus petits sont les résultats.
Essaie de rendre les gens heureux,
et tu poses les fondements de la misère.
Essaie de rendre les gens vertueux,
et tu poses les fondements du vice.
Ainsi, le
Maître se contente
de servir d’exemple
et de ne pas imposer sa volonté.
Il est pointu, mais ne perce pas.
Direct, mais souple.
Radieux, sans éblouir.
59 – Vivre avec économie et modération
Pour bien
gouverner un pays,
il n’est rien de mieux que la modération.
La marque
d’un homme modéré
est sa liberté envers ses propres idées.
Tolérant comme le ciel,
pénétrant comme la lumière du soleil,
solide comme la montagne,
souple comme l’arbre dans le vent,
il n’a pas de destination en vue
et tire parti de tout ce que la vie
vient à mettre sur son chemin.
Rien ne lui
est impossible.
Parce qu’il a lâché prise,
il peut s’occuper du bien-être des gens
comme une mère s’occupe de son enfant.
60 – Vivre en étant immunisé contre le mal
Gouverner un
grand pays
est comme frire un petit poisson.
Tu le gâtes en le faisant trop cuire.
Centre ton
pays dans le Tao
et le mal n’aura aucun pouvoir.
Non qu’il ne soit pas là,
mais tu pourras t’écarter de son chemin.
Ne donne au
mal rien à quoi s’opposer
et il disparaîtra de lui-même.
61 – Vivre en restant en dessous
Quand un pays
obtient une grande puissance,
il devient comme la mer :
toutes les rivières viennent s’y jeter.
Plus il devient puissant,
plus grand est son besoin d’humilité.
L’humilité, c’est avoir confiance dans le Tao,
et ainsi ne jamais avoir besoin de se défendre.
Une grande
nation est comme un grand homme :
quand il fait une erreur, il s’en rend compte.
S’en étant rendu compte, il l’admet.
L’ayant admis, il la corrige.
Il considère ceux qui lui montrent ses fautes
comme ses guides les plus bienveillants.
Il considère son ennemi
comme l’ombre que lui-même projette.
Si une nation
est centrée dans le Tao,
si elle nourrit ses citoyens
et ne se mêle pas des affaires des autres,
elle sera une lumière pour toutes les nations du monde.
62 – Vivre dans la chambre au trésor du Tao
Le Tao est le
centre de l’univers,
le trésor de l’homme bon,
le refuge de l’homme mauvais.
Les honneurs
peuvent s’acheter avec des mots habiles,
le respect peut se gagner avec de bonnes actions ;
mais le Tao est au-delà de toute valeur,
et personne ne peut l’acquérir.
Ainsi, quand
on choisit un nouveau dirigeant,
n’offre pas de l’aider
avec tes richesses ou ton expertise.
Offre plutôt
de l’instruire au sujet du Tao.
Pourquoi les
anciens Maîtres estimaient-ils le Tao ?
Parce qu’en étant un avec le Tao,
lorsque tu cherches, tu trouves,
et lorsque tu fais une erreur, tu es pardonné.
C’est pourquoi il est aimé de tous.
63 – Vivre sans difficultés
Agis sans
rien faire ;
travaille sans effort.
Considère les petites choses comme si elles étaient grandes
et les choses peu nombreuses comme abondantes.
Affronte le difficile
tant qu’il est encore facile ;
accomplis la grande oeuvre
par une série de petites actions.
Le Maître ne
court jamais après le grand ;
ainsi atteint-il la grandeur.
Quand il rencontre une difficulté,
il s’arrête et il s’y consacre.
Il ne s’accroche pas à son propre confort ;
ainsi les problèmes ne sont pas un problème pour lui.
64 – Vivre ici et maintenant
Ce qui a pris
racine est facile à nourrir.
Ce qui est récent est facile à corriger.
Ce qui est fragile est facile à briser.
Ce qui est petit est facile à disperser.
Préviens le
malheur avant qu’il ne survienne.
Mets les choses en ordre avant qu’elles n’existent.
Le pin géant
grandit à partir d’une petite pousse.
Le voyage de mille lieues
commence avec le premier pas.
En te
précipitant dans l’action, tu échoues.
En essayant de saisir les choses, tu les perds.
En forçant un projet à s’achever,
tu gâtes ce qui était presque mûr.
Ainsi le
Maître agit
en laissant les choses suivre leur cours.
Il demeure aussi calme
à la fin qu’au début.
Il n’a rien,
et n’a donc rien à perdre.
Ce qu’il
désire est le non-désir ;
ce qu’il apprend, c’est à désapprendre.
Il rappelle simplement aux gens
ce qu’ils ont toujours été.
Il ne se soucie de rien excepté du Tao.
Ainsi peut-il prendre soin de toutes choses.
65 – Vivre en demeurant simple
Les Maîtres
anciens
n’essayaient pas d’instruire les gens,
mais leurs enseignaient à ne pas savoir.
Quand ils
pensent connaître les réponses,
les gens sont difficiles à guider.
Quand ils savent qu’ils ne savent pas,
les gens peuvent trouver leur propre voie.
Si tu veux
apprendre à gouverner,
évite d’être riche ou astucieux.
Le modèle le plus simple est le plus clair.
Satisfait d’une vie ordinaire,
à tous, tu peux montrer la voie
pour retourner à leur vraie nature.
66 – Vivre en imitant l’océan
Tous les
fleuves se jettent dans la mer
parce qu’elle est plus basse qu’ils ne sont.
L’humilité lui confère sa puissance.
Si tu veux
gouverner les gens,
tu dois te placer au-dessous d’eux.
Si tu veux mener les gens,
tu dois apprendre à les suivre.
Le Maître est
au-dessus des gens
et personne ne se sent opprimé.
Il guide les gens
et personne ne se sent manipulé.
Le monde entier lui est reconnaissant.
Parce qu’il n’est en rivalité avec personne,
personne ne peut rivaliser avec lui.
67 – Vivre en accord avec les trois trésors
Certains
disent que mon enseignement est absurde.
D’autres le disent sublime mais impraticable.
Mais pour ceux qui ont regardé en eux-mêmes,
cette absurdité fait parfaitement sens.
Et pour ceux qui le mettent en pratique,
cette sublimité a des racines profondes.
Je n’ai que
trois choses à enseigner :
la simplicité, la patience, la compassion.
Toutes trois
sont tes plus grands trésors.
Simple en actions et en pensées,
tu retournes à la source de l’être.
Patient avec tes ennemis comme avec tes amis,
tu te mets en accord avec la réalité.
Compatissant avec toi-même,
tu réconcilies tous les êtres du monde.
68 – Vivre en coopérant
Le meilleur
athlète
veut son adversaire au meilleur de sa forme.
Le meilleur général
pénètre l’esprit de son ennemi.
Le meilleur homme d’affaires
sert le bien commun.
Le meilleur dirigeant
suit la volonté du peuple.
Chacun d’eux
incarne
la vertu de la non-compétition.
Non qu’il n’aiment rivaliser,
mais ils le font dans l’esprit du jeu.
En cela ils sont comme des enfants
et en harmonie avec le Tao.
69 – Vivre sans ennemis
Les généraux
ont un adage :
“Plutôt que faire mouvement le premier,
mieux vaut attendre et observer.
Plutôt que d’avancer d’un pouce,
mieux vaut reculer d’un pas.”
On appelle
cela
progresser sans avancer,
repousser sans utiliser d’arme.
Il n’est pas
de plus grand malheur
que sous-estimer ton ennemi.
Sous-estimer ton ennemi
revient à penser qu’il est mauvais.
Tu détruis ainsi tes trois trésors
et deviens
toi-même un ennemi.
Quand deux
grandes forces s’opposent,
la victoire va
à celui qui a appris à céder.
70 – Vivre dans la pleine conscience de dieu
Mes
enseignements sont simples à comprendre
et simples à mettre en pratique.
Pourtant, ta raison ne les saisira jamais,
et si tu essaies de les mettre en pratique, tu échoueras.
Mes
enseignements sont plus anciens que le monde.
Comment pourrais-tu en saisir le sens ?
Si tu veux me
connaître,
regarde dans ton coeur.
71 – Vivre sans la maladie
Ne pas savoir
est la vraie connaissance.
Présumer savoir est une maladie.
Prends d’abord conscience que tu es malade ;
alors tu pourras recouvrer la santé.
Le Maître est
son propre médecin.
Il s’est guéri de tout savoir,
ainsi est-il véritablement sain.
72 – Vivre dans le respect et l’acceptation
Quand ils
perdent leur sens du merveilleux,
les gens se tournent vers la religion.
Quand ils n’ont plus confiance en eux-mêmes,
ils commencent à dépendre de l’autorité.
C’est
pourquoi le Maître se met en retrait,
afin que les gens ne s’écartent pas de leur voie.
Il enseigne sans enseigner,
pour que les gens n’aient rien à apprendre.
73 – Vivre dans le filet du ciel
Le Tao est
toujours serein.
Il vainc sans lutter,
répond sans dire un mot,
arrive sans avoir été appelé,
accomplit sans dessein.
Son filet
couvre l’univers entier.
Et bien que ses mailles soient larges,
il ne laisse rien échapper.
74 – Vivre sans crainte de la mort
Si tu
comprends que tout change,
il n’est rien auquel tu tenteras de t’attacher.
Si tu n’as pas peur de mourir,
il n’est rien que tu ne pourras atteindre.
Tenter de
contrôler le futur
est comme tenter de prendre la place du maître charpentier.
Quand tu manies les outils du maître charpentier,
il y a de fortes chances que tu te coupes la main.
75 – Vivre en demandant peu
Quand les
impôts sont trop élevés,
les gens souffrent de la faim.
Quand le gouvernement est trop envahissant,
les gens perdent leur allant.
Agis dans
l’intérêt des gens.
Fais leur confiance ; laisse-les tranquilles.
76 – Vivre en fléchissant
Les hommes
naissent mous et souples ;
morts, ils sont raides et durs.
Les plantes naissent tendres et élastiques ;
mortes, elles sont sèches et cassantes.
Ainsi,
quiconque est raide et inflexible
est un disciple de la mort.
Quiconque est doux et flexible
est un disciple de la vie.
Le dur et le
raide seront brisés.
Le doux et le souple prévaudront.
77 – Vivre en offrant ses surplus
Quand il agit
dans le monde, le Tao
est semblable à la courbure d’un arc.
Le sommet est courbé vers le bas ;
le bas courbé vers le haut.
Il corrige excès et insuffisance
afin qu’il y ait parfait équilibre.
Il prend à ce qui est trop
et donne à ce qui n’est pas assez.
Ceux qui
essaient de contrôler,
qui emploient la force pour protéger leur pouvoir,
vont contre le sens du Tao.
Ils prennent à ceux qui n’en ont pas assez
et donnent à ceux qui ont déjà bien trop.
Le Maître
peut donner sans relâche
car sa richesse n’a pas de limite.
Il agit sans attendre,
réussit sans le revendiquer,
et ne pense pas être meilleur
que n’importe qui.
78 – Vivre à l’image de l’eau
Rien au monde
n’est aussi mou et fluide que l’eau.
Mais pour dissoudre le dur et l’inflexible,
rien ne la surpasse.
Le mou
triomphe du dur ;
le souple triomphe du rigide.
Tout le monde sait que cela est vrai,
mais peu savent le mettre en pratique.
Ainsi le
Maître demeure
serein au sein même de la douleur.
Le mal ne peut pénétrer son coeur.
Parce qu’il a renoncé à aider,
il est l’aide la plus précieuse pour autrui.
Les paroles
vraies semblent paradoxales.
79 – Vivre sans ressentiment
L’échec est
une opportunité.
Si tu blâmes autrui,
jamais le blâme ne prend fin.
Ainsi le
Maître
remplit ses propres obligations
et corrige ses propres erreurs.
Il fait ce qu’il doit faire
et n’exige rien des autres.
80 – Vivre sa propre utopie
Si un pays
est gouverné avec sagesse,
ses habitants sont satisfaits.
Ils aiment travailler de leurs mains
et ne perdent pas de temps à inventer
des machines pour économiser leur temps.
Puisqu’ils chérissent leur foyer,
ils ne s’intéressent pas aux voyages.
Il peut y avoir quelques chariots ou navires,
mais ceux-ci ne vont nulle part.
Il peut y avoir un arsenal rempli d’armes,
mais personne ne les utilise jamais.
Les gens apprécient leur nourriture,
prennent plaisir à être en famille,
passent leur temps libre à cultiver leurs jardins,
se réjouissent de ce que font leurs voisins.
Et même si le pays d’à côté est si proche
qu’ils en entendent les coqs chanter et les chiens aboyer,
ils sont heureux de mourir de vieillesse
sans jamais l’avoir visité.
81 – Vivre sans accumuler
Les paroles
vraies ne sont pas éloquentes.
les paroles éloquentes ne sont pas vraies.
Les hommes sages n’ont pas besoin de prouver leurs dires ;
les hommes qui ont besoin de prouver leurs dires
ne sont pas sages.
Le Maître ne
possède rien.
Plus il fait pour les autres,
plus il est heureux.
Plus il donne aux autres,
plus il est riche.
Le Tao
nourrit en ne forçant pas.
En ne dominant pas, le Maître dirige.

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